Perth : Arrivée à l’improviste

« Allo ?,c’est Jordan, comment vous allez, vous en êtes où ??

– On va bien, on approche Perth, un peu galère pour trouver un endroit pour dormir.

– Je vais vous trouver des commodités sur Perth, je passe un coup de fil à mon cousin, je vous rappelle »

5 minutes plus tard…

« Yep ! C’est bon vous pouvez aller dormir chez Michael, mon cousin.

– Euh… Mais… on ne le connaît pas ??!

– Il est au courant, vous lui dites que vous venez de ma part, et c’est bon !

– Euh… bah… ouai, ok !

On envoie un SMS au cousin pour lui dire que… on arrive 😉 Aussitôt, une réponse, nous indique qu’il n’y a pas de soucis, il sera dans le coin.

Avant de reprendre la route vers Perth, nous faisons une dernière virée à Fremantle pour réserver le tour pour aller sur l’île de Rottnest Island. Nous qui pensions dormir « à l’arrache », et donc dans l’illégalité pour pouvoir aller sur l’île aux aurores, le coup de fil de Jordan a changé les plans, on a maintenant un toit, et ce coup ci un vrai, pas de la carrosserie ! Rendez vous pris, 99 AU$, chacun pour l’aller-retour en ferry, et locations de vélo sur place. Départ du ferry le surlendemain de Fremantle vers Rottnest.

Il est maintenant temps de faire connaissance de Michael. Adresse mise dans le GPS, on arrive rapidement à Perth City. On s’approche de l’adresse en question, gare le van devant une maison qui semble être la sienne. Petit coup de fil pour assurer le coup.

« Michael ??, on pense être garé devant chez toi.

Le rideau s’entrouvre…

– Oui vous êtes pile poil devant chez moi »

Bon, 1ère étape, validée. Maintenant, il faut faire connaissance, pas chose aisée, de débarquer chez quelqu’un que l’’on ne connaît pas, que l’on n’a jamais vu et lui dire que l’on va passer quelques nuits chez lui. C’est à petits pas, que nous rentrons dans la maison.

« Vous êtes de passage ? vous allez dormir ici ?

– Euh, comment dire… oui, si ça ne dérange pas.

– Nan ok, pas de soucis »

2ème étape validée.

« Vous voulez boire quelque chose, un thé ?

– Allons pour le thé. »

Les premiers échanges s’installent autour d’un thé noir dans son jardin ensoleillé, et remplit de cactus de toutes sortes. On n’a jamais vu autant de variétés, c’est impressionnant, il est passionné.

Au fil de la discussion, il nous dit, mais c’est vous les amis d’Elodie ?? C’est vous qui vous êtes mariés à la Réunion ? J’avais pas réalisé que c’était vous !

Et là, on est sur le cul ! D’une : comment sait-il tout ça ? De deux : avant 30 bonnes minutes, il ne savait pas du tout qui on était. Jordan avait dû oublier quelques étapes.

Eh oui, c’est ça l’Australie, imprévisible et étonnante.

On comprendra ensuite, qu’Elodie a passé pas mal de temps sur Perth, et avait déjà parlé de nous des années auparavant. Le monde est petit.

A la question, vous allez rester combien de temps ici, je réponds, 6 mois. Oui, je suis caustique. Il aura alors aucune idée de combien de temps nous pensons rester, d’ailleurs nous non plus. Dans notre esprit, 2-3 jours, le temps de découvrir Perth.

Le soir arrive, et Michael, nous propose d’aller manger dans un restaurant Vietnamien à deux pas de chez lui. Nous ne sommes plus habitués à s’accorder un restaurant, après plus de 7 mois à cuisiner au cul du van, on accepte donc avec plaisir, ce sera aussi l’occasion de continuer de faire connaissance. Avant cela, Michael nous propose d’aller boire un verre dans un bar cosy de Perth à quelques mètres du restaurant. Vous m’avez déjà vu refusé une bière ?? On boit alors notre apéro, et tentons de discuter, mission quasi impossible avec la musique qui résonne dans le bar, on se dirige alors vers le Viet, on goûte à nouveau au confort, assis sur une chaise autre qu’une chaise de camping, une table qui ne branle pas, une ambiance chaleureuse et des plats ravissants qui arrivent sous nos yeux émerveillés. A la façon asiatique, on commande chacun un plat, que l’on partagera tous ensemble pour mélanger les saveurs. Entre poulet curry vert, crevettes au miel fries, porc caramélisé et ses épices. On se fait plaisir et on passe une soirée inoubliable en compagnie d’un nouvel ami que l’on connaît seulement depuis quelques heures.

Le ventre bien rempli, et les papilles comblées, retour chez notre nouvel hôte. La chambre est prête, des draps blancs bien dressés, un matelas confortable et un espace qui nous semble énorme après tant de nuits dans notre 2 m². On savoure cette première nuit, bien que nous serons réveillés tôt, habitude de campeurs oblige.

Une nouvelle journée démarre, petit déj’ avec toasts grillés au four, oui car le four est également un équipement qui vous semble basique, mais il devient magique lorsqu’on est vagabond.

Douche « chaude » matinale, dans une vraie salle de bain, et Michael nous emmène faire le tour de Perth en voiture, met sa casquette de guide touristique, tout nous est détaillé, on découvre les plages, le centre, le fleuve qui sépare Perth Sud de Perth Nord, et nous irons jusque Fremantle, où on repèrera le quai auquel il faudra se rendre le lendemain pour Rottnest Island. Encore une journée bien remplie qui s’achève et on doit se coucher de bonne heure pour visiter Rottnest le lendemain.

Rottnest Island : l’île aux quokkas aux abords de Perth.

Sous les conseils de Michael, on surveille si des dauphins nagent autour du ferry ce matin là. Ni une, ni deux, Sab les voit nous rendre visite.

C’est une journée qui commence bien.

Rottnest Island, est une toute petite île de 31 km² à 20 km de Fremantle, où les voitures sont interdites, ce qui en fait un paradis pour le vélo. Si proche de Perth, ville d’1,8 millions d’habitants, l’île est à cent mille lieues de la métropole. Entre plages idylliques, magnifiques baies, spots de snorkelling, il est facile d’en faire le tour à vélo pour y choisir son spot de plongée, ou tout simplement trouver un bout de plage pour se reposer.

Arrivés sur l’île, on récupère nos vélos, et on se précipite de grimper sur ceux là pour démarrer notre visite, pas de temps à perdre, la journée va passer vite. La météo est bonne, même excellente. Autant dire que le plaisir n’aurait rien à voir, si le temps n’est pas bon. Rottnest, il faut y aller quand il fait beau ! Et heureusement, nous passons entre les précipitations menaçantes de ces derniers jours. Aujourd’hui est une belle journée 😉

Bon et entre nous, notre principale motivation de visiter l’île est de découvrir les quokkas.

Mais d’ailleurs c’est quoi un quokka ?? C’est une sorte de mi rat, mi kangourou faisant partie de la famille des marsupiaux, ils sont les seuls à être originaire de l’île. On peut également en trouver dans les forêt du continent, mais il faut être extrêmement chanceux pour en croiser un. Si il y a bien un endroit pour voir cet animal, c’est bien Rottnest Island. Tout ce que l’on espérait, c’est au moins en croiser un sur la journée, mais bon, on sait très bien, que la vie sauvage est imprévisible.

Premiers pédalages, ça faisait également plus de 7 mois que nous n’étions pas montés sur un vélo, mais ça va, comme on dit, le vélo c’est comme le vélo, ça ne se perd pas. Et au fur et à mesure des tours de pédales, on découvre ces paysages magnifiques, ces plages immaculées, et cette paisible île non motorisée.

A peine 10 minutes de ballade et qu’est ce que l’on voit devant nos yeux ébahis ?? Pas un quokkas, mais des quokkas, la famille complète. Ils se dressent, les deux pattes avant suspendues dans le vide, comme nos amis les kangourous, puis nous regardent avec leur yeux de chien battus, enfin de rats battus. Ils ne sont pas craintifs, et sont même affectueux, cet animal est tout simplement craquant (enfin pas pour moi, je suis un homme, merde !). La séance photo démarre et nous revoilà partis en enfance pour de longues minutes. Malgré cela, si l’on veut visiter l’île dans le temps imparti, on ne pourra pas s’attarder trop longtemps. On remonte alors sur nos bicyclettes, et des quokkas, on en croisera encore des dizaines, un d’entre eux, partagera même notre déjeuner en bord de plage. Ce sera notre quokka de compagnie du moment, il aura également droit à la séance photo et Gopro, avec en fond un paysage de rêve. Entre toutes ces rencontres de ce rat particulier, on croisera un gros lézard, le scinque, on ira nager avec des centaines de poissons dans les eaux claires, et on visitera l’île jusqu’à son extrêmité, où l’on peut voir des baleines en saison. Pour le coup, nous ne sommes pas dans la bonne période, mais l’endroit reste magnifique. C’est bien beau de pédaler et flâner, mais l’heure tourne, et on pédalera de plus en plus vite, pour avoir le temps de découvrir chaque spot de l’île et ne pas rater notre ferry retour. Mission accomplie : on sera à l’heure au ferry (de justesse) avec encore pleins de souvenirs en tête et un rêve supplémentaire réalisé.

Retour à la maison, et poursuite de la découverte de Perth

Demain, c’est Easter ! qui est en fait le week end de Pâques. Et évidemment, notre hôte a des plans pour ce week end particulier. Il est invité chez ses amis à 3-4 maisons plus bas pour faire le repas d’Easter. Merde, et nous dans tout ça ?? Hé bien, naturellement, il nous invite à se joindre à lui chez ses voisins. Evidemment, nous sommes gênés, vous vous imaginez débarquer dans une famille que vous n’avez jamais vue lors du repas annuel de Pâques, où l’on sort les petits plats dans les grands ?? Non?? Bah, nous non plus ! mais bizarrement aucune gêne pour eux, et tout semble naturel de nous inviter à leur table.

Pour ne pas arriver les mains vides, on emmène avec nous une bouteille de sparkling wine (équivalent du crémant) et des bières. Michael ramène 2 énormes poissons frais, le Pink snapper, qu’il assaisonnera avec les citrons verts du jardin, tranches d’orange, oignons, herbes, et tout ce qui va bien pour préparer un plat d’exception.

Sur la table se déroule une farandole de plats plus appétissants les uns que les autres. Douzaines d’huîtres fraiches, énormes crevettes, saint jaques poêlées, olives, salade de légumes frais en tout genre, et le taboulé préparé par nos soins le matin même. On a droit à un festin, digne de ceux que l’on peut préparer lors des jours de fête en France. Michael s’amuse à signaler que l’on mange comme des backbackers, ou même des aborigènes, autrement dit, des affamés, mangeant sans retenue tout ce que l’on n’a pas pu manger depuis des mois. Bref une après midi radieuse qui nous fait oublier durant quelques heures que nous sommes des voyageurs.

On entame déjà notre quatrième nuit, ce qui veut déjà dire que nous avons dépassé le chiffre de nuits que nous escomptions. De jour en jour, on sympathise de plus en plus, commence à avoir nos habitudes, découverte de Perth la journée, rencontre de son frère et sa femme, ses parents, chez qui on partagera pas mal de thés et de repas improvisés, et de moments familiaux. (Bizarre, non ?). Notre famille est à des milliers de kilomètres et ces rencontres nous font retrouver la chaleur que l’on a lorsque nous sommes prêts des nôtres. Une famille d’accueil en somme. Et mine de rien, ce n’est pas déplaisant.

De ce fait, les journées passent très vite, et de deux à trois nuits, nous sommes passés à 15. Entre partages de recettes culinaires, rougail saucisse, carri de poulet, frites fraîches maison pour notre part, puis carry de légumes, légumes parfumés au romarin et agneau rôtis au four, gratin de légumes sauce coco, poulet rôti, et sans oublier le merveilleux pain fait maison pour sa part. On combinera même nos talents de cuisiniers sur des pizzas maisons. Côté breuvage, découvertes de bières et de vins Australiens, de digestifs italiens, et même d’une 3 monts, qu’il réservait dans son frigo pour une occasion particulière. Si avoir des Chtis à la maison, ce n’est pas la bonne occasion, je ne sais pas ce que c’est ! Nous ferons également quelques achats de bonnes bières belges dans un magasin spécialisé à Perth pour rendre la pareille.

Et chaque dîner se termine devant un film français ou anglophone, pour que chacun y trouve son compte. On mange bien, on s’entend bien, on boit bien (avec modération), on rigole bien, bref on est bien et on a trouvé un nouvel ami qui est déjà cher à nos yeux. C’est dans ces moments, que nous réalisons à quel point les voyages sont sources de rencontres temporaires mais inoubliables.

On aura également droit à un second repas de Pâques chez ses voisins directs, où le maître de maison répète à chaque fois qu’il passe devant nous : EAAAATTT ! DRRRRRRIIIINNNNKKK ! Comment refuser devant cette telle détermination. Nous voilà maintenant projetés dans une famille grecque, où les coutumes pour Easter sont totalement différentes mais surprenantes, on fera même honneur à la tradition orthodoxe pour clôturer le repas, chaque convive, un œuf à la main (les œufs sont peints en rouge pour rappeler le sang du Christ sacrifié, rien que ça !) choquera d’abord la pointe puis l’autre côté de son œuf avec l’œuf d’autres convives, le vainqueur est celui dont l’œuf aura résisté aux chocs sans se casser. Encore une soirée particulière… mais mémorable.

Pendant ces 15 jours, nous aurons le temps de faire du shopping à Harbour Town qui est l’équivalent de nos usines de marques en France. De quoi remplacer nos T-shirts jaunis par les étapes parcourues, et de nouvelles chaussures usées par les centaines de kilomètres foulés. Puis on s’arrête là parce que l’on n’a toujours pas trouvé de travail, et on surveille notre compte qui dégringole alors que bien des étapes sont encore à franchir avant la fin de notre trip. Nous visiterons le centre de Perth à seulement 30 minutes à pied de chez Michael, et assisterons au concert de Jimmy Cliff donné gratuitement à Perth, figure emblématique du reggae jamaïcain, qui offrira un show de belle facture pour un artiste agé de 67 ans.

Et la ferme dans tout ça ??

Quelques envois de mails et de SMS aux fermes environnantes, mais rien de concluants. Un post sur facebook sur le groupe « Français à Perth » indique que 6 postes sont à pourvoir dans une ferme à Gingin. On se précipite de répondre que nous sommes intéressés. Je me reconnecte une heure plus tard, et je vois qu’il y a déjà 90 commentaires de gens qui veulent le job. On comprend alors que c’est peine perdue. Trop de monde ici, pour trop peu de boulot. Jusqu’au moment où je reçois un SMS, d’une ferme qui nous avait refusée il y a quelques temps. Il semblerait que 2 places se libèrent. On saute alors sur l’occasion, avons la patronne au téléphone, tout à l’air de rouler et nous demande de confirmer notre disponibilité par SMS. Ce que l’on fait aussitôt, et demandons un peu plus d’infos sur les modalités. Et ce message restera sans réponse ! A jamais ! Même après relances. Nous sommes désespérés et on se résigne presque à ne plus travailler quitte à vider nos économies restantes en France pour terminer notre périple surement plus rapidement que prévu.

Les dernières soirées à Perth s’annoncent, où l’on observera un coucher de soleil magnifique depuis la plage, dernières soirées en compagnie de Michael et les adieux sont déjà déchirants.

Demain est un autre jour, on prend la route pour Gingin pour trouver un job en direct, la correspondance ne fonctionnant pas. Première nuit sur une aire de repos à une trentaine de kilomètres de Gingin, on embarque avec nous quelques adresses et numéros de téléphone de ferme aux alentours. Nous voilà « On the road again », et se promettons que si nous ne trouvons pas un job dans les deux jours qui viennent, on taille la route, laissant nos espoirs de regonfler notre cagnotte à néant.

La suite dans le prochain article !!!

Allez hop hop hop, c’est juste en dessous qu’on commente, prenez 1 minute 😉