Western Australia, la côte ouest tant attendue

 

Lors du précédent article, nous étions sur la Nullarbor, cette fameuse route interminable, dénuée d’arbres, et pourvue de plantes de bush. Le paysage est fantomatique, juste une route bitumée, avec de chaque côté, l’horizon à l’infini. Dommage que le ciel soit couvert, mais l’avantage est que nous pouvons rouler sans devoir s’arrêter tous les quarts d’heure pour changer de conducteur. La température est optimale pour conduire de longues distances. On approche alors la frontière pour entrer dans le Western Australia. Cette fois, nous aurons le droit au contrôle obligatoire des « douanes » à la recherche de fruits et légumes. En Australie, il est défendu de transiter fruits, légumes, viandes… entre les états. Nous n’avions eu aucun contrôle jusqu’à présent, mais celui ci est inévitable. Sachant cela, on prépare notre déjeuner du midi juste avant de passer la frontière pour utiliser nos vivres (tomates, oignons, bœuf, échalotes, fruits). Si les aliments sont cuits, ça passe. Nous arrivons aux portes de la frontière, lorsqu’un vieil homme procède au contrôle. On lui cède nos 3 pauvres patates que nous n’avions pas pu cuisiner. Nous « oublions » de dire que nous avions du gingembre et de l’ail (au prix que ça coûte ici !).

L’agent fait le tour de la voiture, demande d’ouvrir le coffre, les portes, les tiroirs, la boîte à gants, et pose les questions élémentaires, du genre :

« Pas de fruits ? Pas de légumes ? Pas de graines ? Pas de plantes ? Pas de viande ? Pas de miel ? … Pas de corps découpés dans votre glacière !?? »

C’est qu’il est taquin ce monsieur ! Ca vous donne un peu l’état d’esprit en Australie, loin de la droiture et de la rigidité de notre cher pays. (Bon il ne faut pas oublier que nous sommes en plein désert… en ville ce n’est pas la même histoire, on avait vu des flics tabasser un mec trop bourré à coups de crosses à Sydney… Non non, ils ne rigolent pas tout le temps 😉 ) Après son tour du van, 2 ou 3 autres blagues et un sourire de rigueur, il nous invite à profiter de notre voyage. Ail et gingembre préservés (rha les bandits de grand chemin) et une orange que nous avons retrouvé quelques jours plus tard dans notre sac de rando. Quelques kilomètres, plus tard, notre GPS indique une heure bizarre, en effet, on vient de se prendre deux heure et demie de décalage, ce qui nous permettra de rouler plus longtemps et d’apercevoir un mouton au bord de route en plein désert et un kangourou, seules traces de vie que nous croiserons lors de cette longue traversée.

Prochaine ville étape : Norseman

Enfin à l’approche d’une ville, on espère trouver des magasins pour refaire le plein de courses et de produits frais. Et aussi remplir notre bouteille de gaz totalement vide, première vraie panne technique ! Très loin de nos attentes, Norseman n’est en fait qu’un village étape pour attaquer la Nullarbor pour ceux qui se dirigent vers l’Est, ou vers Espérance, pour ceux qui s’orientent vers l’Ouest : notre cas. Une rue commerçante avec quelques petits magasins, dont un IGA (équivalent de nos Carrefour City, Shopi pour les anciens). Ce sera amplement suffisant pour racheter un bout de viande, quelques fruits, légumes frais et une boisson rafraîchissante. Puis nous voyons une boutique « hardware », magasin où l’on trouve le nécessaire pour bricoler, camper et souvent la possibilité de remplir la bouteille de gaz. Beaucoup plus économique de remplir la bouteille que d’en changer. Et là c’est le drame, cette fameuse boutique est fermée. On tente alors le coup dans un Caravan Park, et par chance, celui ci offre la possibilité de remplir notre bouteille, pour la modique somme de 16 AU$. Nickel, nous sommes à nouveau parés et équipés pour reprendre notre route. Cap vers Espérance !

Espérance : Première extase dans le Western Australia

De Norseman à Espérance, c’est la même ritournelle, paysage désertique et de longues heures de routes ennuyeuses en perspective. Nous nous arrêtons en bord de route pour y passer la nuit, et reprendrons la route le matin bon pied bon œil. Arrivés à Espérance, on redécouvre les plages, le port, la jetée. On se met également à la recherche de Sami, le fameux lion de mer qui viendrait dire bonjour aux pêcheurs chaque jour. Malheureusement, à part sa statuette de bronze qui trône devant la jetée, nous ne verrons pas l’animal. Il semblerait que celui ci a « déménagé » pour trouver du poisson plus frais ailleurs. Après une dizaine d’années de bons et loyaux et service, Sami a bien mérité sa retraite ! Puis, en cherchant Sami, on tombe sur 2 dauphins voguant sur l’esplanade, finalement cette promenade sur la jetée en valait la peine. La météo, quant à elle, n’est pas clémente.

On passe donc notre journée à s’informer sur les endroits à visiter aux alentours, et chercher un spot gratuit pour y passer la nuit, chose ardue dans cette région, voire inexistante. On optera pour passer la nuit dans une carrière, véritable squat des backpackers au coucher de soleil. Nous serons au moins 15 vans concentrés dans ce petit espace, et encore des Français qui ne faillent pas à leur réputation, musique jusqu’au petit matin, et langage primitifs sous l’effet du goon (c’est le vin connu pour son petit prix et le très gros mal de crâne). Bref, le lendemain sera radieux. Le soleil fait son retour et on découvre les magnifiques plages dans les environs d’Espérance. Plages immaculées aux eaux turquoises, et roches au beau milieu de la mer. Quelques marches, baignades, et observation de ces paysages idylliques, puis il est temps de planifier nos prochains jours. Un parc National est à faire et surtout à ne pas manquer, il s’agit du Cape Le Grand. Ce parc est payant, 12 AU$ par véhicule, comme la plupart des parcs nationaux dans le Western Australia. On fait donc l’achat du pass annuel pour 88 $AU, précieux sésame pour ouvrir les portes de la plupart des parcs nationaux de l’Australie occidentale. Il existe également un pass valide un mois pour 44 $AU pour ceux qui ne restent pas longtemps dans l’état du Western. Mais autant dire, qu’il est très rapidement rentabilisé, au vu des multiples parcs nationaux magnifiques à visiter.Et à vrai dire, on n’est pas peu fiers, d’avoir ce sticker sur le pare-brise de notre van immatriculé dans le Western Australia. On se sent pour la première fois chez nous 😉 On se renseigne alors pour louer une nuit dans un camping prisé du Cape Le Grand. Sauf, que nous apprenons rapidement que les places sont chères, car pas de réservation possible, peu de place disponible et c’est la loi du premier arrivé, premier servi. On se rapproche donc un maximum du parc, et on passe la nuit en pleine forêt, seuls au milieu de ces immenses plantations forestières. Un peu flippant, on l’avoue, mais toujours ravis de vivre des expériences inédites même après plus de 6 mois de voyage ! 5h du matin levés, et prêts pour tenter d’obtenir une place dans ce camp si prisé.

Cape Le Grand National Park : le paradis

On sera les premiers devant le camping, mais rien n’est gagné, une pancarte affiche camping full, ce qui signifie que si il n’y a pas de départ, nous n’aurons pas de place. On prend alors notre déjeuner pour patienter. On rencontre alors un couple d’Allemands chanceux de dormir à cet endroit, et par la même occasion, nous sommes chanceux à notre tour, car ils nous indiquent qu’ils sont les seuls à partir ce matin ! Ouf soulagement, on a les droits et l’exclusivité de rentrer dans ce camp ce jour là ! On prend possession de notre emplacement, et discutons avec le ranger qui nous demande :

« Vous savez où vous êtes maintenant ?

– Euh…

– Vous êtes au paradis, vous aurez du mal à repartir. »

Ca semble fort au début, mais cet homme avait raison, d’une nuit, nous sommes passés à trois. A 10 $AU, la nuit c’est dérisoire. Le camp n’offre pourtant qu’une petite cuisine, et des toilettes et douches propres. Mais l’endroit est tellement paradisiaque, que ça en fait une place d’exception. A quelques pas, une plage littéralement blanche, qui s’étend sur plus de 20 km de long, les eaux sont transparentes, et les paysages à couper le souffle. Au programme de ces trois jours, grosses randonnées en montagne le matin, dont l’ascension du Frenchman Peak qui donne un aperçu à 360° de la richesse de cet endroit côtier, puis traversée de plages en plages par les sentiers volcaniques où des centaines de lézards filent sous nos pieds. Puis après midis reposants sur les plages célestes à lézarder à notre tour, rencontrer les kangourous qui viennent aisément près de nos serviettes, et taisent à jamais notre doute de l’existence de kangourous sur ces plages enchanteresses. Puis soirées à observer le coucher de soleil, et découvrir 2 chevaux sauvages qui viennent chaque soir se réhydrater dans la rivière. Et enfin, apéritifs et dîner pour conclure ces belles soirées. 3 jours mémorables, nous devons partir, la boule au ventre, mais c’est comme cela. Les bonnes choses ont une fin et de nouvelles nous attendent. D’autant que les 3 jours très ensoleillés que nous avons eus, s’achèvent au profit d’un ciel chargé et d’une température basse. Bon, on fera une dernière halte pour dire au revoir aux kangourous qui avaient gentiment posés avec nous sur la plage 😉

On the road again : Direction Albany

Nouveau parc National Stockes National Park. Nous y passerons très peu de temps, ce parc est idéal pour les pêcheurs et les familles en quête de quiétude. On continue alors notre chemin vers Fitzgerald National Park, où nous passons 2 jours, ce sera l’occasion de trinquer (et là vous vous dites, rha les poches, ils picolent tout le temps) Mais là, il y a une vraie raison, 12ème anniversaire de rencontre, on s’empresse alors de sortir nos joyaux achetés précédemment à Melbourne, qui je rappelle, Karmeliet et Kasteel Rouge ! Un régal !

Ce parc est aussi grandiose, et on assouvit nos joies à parcourir des randonnées toujours de plus en plus longues et difficiles. Depuis le temps, on a maintenant un bon niveau de marcheur, et avec tous les kilos en moins suite au boulot en ferme, puis traversée du désert, c’est plus facile à grimper au sommet, surtout quand j’ai le vent dans le dos. Ce parc classé par l’Unesco est une réserve de biosphère, oiseaux, plantes, mammifères, eaux émeraudes, montagnes, un savant mélange de bonheur. Prochain parc National en vue : les Stirling Ranges. On s’arrête dans un petit village nommé Borden pour y passer la nuit. On prend notre diner sur nos chaises de camping, lorsqu’un 4×4 arrive, et un homme titubant en descend, il vient se présenter, discuter de la pluie et du beau temps, puis indique qu’il possède plusieurs fermes, etc… Comme notre budget s’éteint à petit feu, on commence à rechercher tout doucement du travail. On lui pose donc la question, et sa réponse et très évasive, il s’avère qu’il travaille dans une ferme de moutons d’élevage pour la laine et nous propose d’aller y jeter un oeil dès le lendemain matin. Au départ, nous sommes intéressés et acquiesçons. Sauf qu’il est bien gentil cet homme, mais surtout bien bourré. De deux fermes, il passe à trois, puis nous demande de laisser le van sur place le lendemain, il passerait nous chercher à 6h en Ute (nom utilisé en Australie qui signifie pick up) avec d’autres travailleurs, on passerait la journée à la ferme, puis le soir douche, dîner et quelques bières) A priori, rien de bien méchant, mais il insiste fortement pour qu’on laisse notre van sur place, qu’on peut laisser ouvert car ça ne craint rien. Et lorsqu’on lui demande pourquoi, il nous répond c’est plus sûr… Il finit par nous laisser, en nous donnant donc rendez vous le lendemain à 6h. A ce moment précis, je comprends : partez d’ici avant l’aube si vous ne voulez pas finir découper en morceaux. L’invitation est peut être saine et peut être un boulot à la clé.

On essaie de se faire les scénarios, est il bon ou méchant ? Est il vrai ou fourbe ? Est il simplement bourré mais de bonne foi ? Est il un tueur en série ? Bref, son discours était tellement étrange, qu’on ne se pose pas plus de questions, et décidons de tracer notre route à 5 heures le lendemain. On ne saura jamais si il y avait un boulot la dessous, et on s’en fout on est vivant 😉 Comme nous étions levés de bonheur, on démarre l’ascension du bluff Knoll au Stirling Ranges National Park, un des plus hauts sommets d’Australie, qui est peut être enneigé en hiver. Après de longues heures de marche, nous sommes prêts du but lorsqu’un panneau signale de vérifier le sommet : s’il est couvert, il est prudent de faire demi tour car cela peut être dangereux et fatal. On lève alors les yeux, le vent souffle très fort, la pluie s’intensifie, le sommet est caché dans d’épais nuages. On prendra alors le panneau à la lettre, et faisons sagement demi tour. Regrettant quelques peu de ne pas avoir atteint le sommet. Pour nous réconforter, une autre marche nous attends dans un autre National Park, il s’agit de Porongurup, où nous marchons et grimpons sur les affleurements granitiques juste avant la prochaine averse. C’est aussi à cet endroit que je découvre un billet de 5 AU$ à mes pieds, cadeau du ciel. Le temps est définitivement changeant, et on prend la direction d’Albany, la plus grosse ville côtière Sud du Western Australia. La suite dans le prochain article. Laissez des commentaires !